Mercredi 2 septembre 2026

L’Islande veut préserver sa souveraineté et ses finances

Comment est-ce possible ? Les Islandais ont refusé d’entrer dans l’UE. Crime de lèse-majesté à l’encontre de Mme Ursula et ses acolytes 

Comme il fallait trouver une explication plausible à cette claque, tout le petit monde de Bruxelles s’est précipité pour focaliser cet échec cuisant sur le problème de la pêche. Ce qui permettait de cacher les autres causes de ce rejet qui s’appellent : contribution nette, Ukraine, Groenland, protection de la souveraineté et (surtout ?) normes abusives.

Il serait incorrect de ne pas reconnaître que la question de la pêche a pesé très lourd dans le vote islandais. Elle représente 15 % du PIB du pays et 40% de ses exportations. Elle est donc la clé de voûte de l’équilibre de sa balance commerciale. Il était donc normal que la majorité des gens qui se sentaient menacés dans leur emploi et leurs revenus rejettent les règles imposées par l’UE.

Toutefois, d’autres éléments ont pesé. Mais, comme ils gênent particulièrement les dirigeants européens, ils ont été pudiquement oubliés.

La volonté de préserver leur souveraineté a pesé lourd dans leur vote. (Photo : Wikipedia)

Le premier est le fait que si l’Islande était entrée dans l’UE, elle serait immédiatement devenue «contributeur net». Autrement dit, elle aurait dû payer plus que ce qu’elle pouvait espérer recevoir. Ce qui n’est évidemment pas enthousiasmant et faisait craindre des hausses d’impôts pour financer la contribution islandaise. D’où la réticences des électeurs.

Le deuxième est la guerre d’Ukraine. L’Islande est certes membre de l’OTAN. Mais elle n’a pas d’armée. Elle est donc dépendante de ses alliés pour assurer sa protection. Et le retrait probable des États-Unis d’Europe ne lui a pas échappé. De plus, ils ont constaté que les deux premières armées de l’Otan sont l’américaine et la turque. Les autres venant loin derrière en puissance de feu, même si la France et l’Angleterre sont des petites puissances nucléaires. Comme on imagine mal, le cas échéant, Erdogan envoyer ses troupes défendre l’Islande et que Trump a des visées sur la région (voir le Groenland), il est logique que les Islandais comptent plus sur un soutien américain (certes intéressé) qu’européen, en cas agression. Même si actuellement les États-Unis ont fermé leur dernière base en 2006 et n’assurent plus que des rotations militaires.

Le troisième élément qui explique le «non» est les normes tatillonnes qu’impose l’UE. En tant que membre de l’Espace Économique Européen, les Islandais doivent déjà en respecter un certain nombre. Comme beaucoup sont inutiles si pas nuisibles, ils ont jugé opportun de s’en protéger et d’en éviter de nouvelles. Et, selon les observateurs neutres, la volonté de préserver leur souveraineté a pesé lourd dans leur vote.

Mme von der Leyen et ses acolytes tireront-ils de cet échec les conclusions qui s’imposent ? Comprendront-ils que le projet européen qu’ils ont détruit à coups de normes liberticides, de choix d’alliance malencontreux et d’auto-destruction économique  du Vieux Continent ne fait plus rêver que ceux qui espèrent profiter des avantages financiers d’une adhésion à l’ UE ? C’est malheureusement peu probable.

Comme conclusion, nous nous permettrons d’emprunter ce texte au quotidien suisse de centre-gauche, Le Temps : «Si Bruxelles veut sauver le projet européen, ce n’est pas aux peuples qu’il faut demander de changer. C’est à Bruxelles de changer». Tout est dit.

J.O.